L’Industrie du Ruban Rose, par Léa Pool

L’industrie du ruban rose est un long métrage documentaire, sorti en février au Québec, qui souhaite illustrer son point-de-vue : comment la réalité dévastatrice du cancer du sein, que les experts en marketing considèrent comme une « cause de rêve », est occultée par la brillante histoire à succès du petit ruban rose.

« Autrefois, les gens marchaient dans les rues. Aujourd’hui, il faut courir pour trouver un remède. » – Barbara Ehrenreich, auteure de Welcome to Cancerland

C’est sur ces paroles que s’ouvre la présentation du film : « Le cancer du sein est devenu l’enfant chéri des campagnes de marketing associées à une cause. Des centaines de milliers de femmes et d’hommes marchent, pédalent, grimpent et achètent toutes sortes de produits pour financer la recherche d’un remède. Chaque année, des millions de dollars sont amassés au nom du cancer du sein, mais où va tout cet argent et à quoi sert-il au juste? »

Dans cet extrait, la réalisatrice Léa Pool (en collaboration avec la productrice exécutive Ravida Din pour l’Office national du film du Canada) raconte pourquoi elle a accepté de réaliser ce long métrage documentaire sur l’industrie du ruban rose, une industrie dans laquelle, selon elle, de grandes entreprises se servent de la maladie pour faire du profit.

L’industrie du ruban rose ne demande pas d’arrêter de ramasser de l’argent pour la cause du cancer du sein, mais pose plutôt la question : pouvons-nous faire mieux?

Une femme concernée de près, laisse un commentaire juste et touchant sur le site présentant le film :

«Je verrai ce documentaire, poussée par une sentiment de curiosité plutôt que par un sentiment de révolte. Ce n’est pas un secret que les compagnies y trouvent leur compte lorsqu’il s’agit de récolter de l’argent pour la cause. J’ai vraiment hâte de voir si le film analyse quel serait l’impact sur les sommes investies si les compagnies n’en tiraient pas profits. Y aurait-il le même montant disponible? Je suis impliquée dans la cause du cancer du sein depuis maintenant 2006. Je me suis impliquée à l’époque, tout simplement parce que j’étais femme et que je cherchais une cause qui me permettrait de «me réaliser». En 2009, à 41 ans, me voilà «victime» et atteinte moi-même d’un cancer du sein. Ironique me direz-vous! Alors, ma volonté d’agir se voit augmentée exponentiellement malgré les traitements et les chirurgies. Jamais je n’ai baissé les bras, parce que j’y croyais et toute l’énergie déployée me prouvait que j’étais VIVANTE!!!! En 2011, je récidive et me voici stade 4 comme ces femmes dans le film et je suis ENCORE imprégnée de la même énergie et volonté de changer les choses. Ce sont maintenant mes filles adolescentes qui s’impliquent avec le désir de faire une différence, pour moi, pour elles, pour les femmes. J’espère sincèrement que ce film en sera un d’espoir et que les femmes telles que moi, sachant qu’elle vont mourir du cancer du sein bientôt, ne seront pas ébranlées croyant que leur passage a été inutile. En souhaitant que les retombées cinématographiques de ce métrage soient bien investies et non pas un autre «profit» sur le dos des patientes!!!!» »

Cette actualité est donc une occasion d’expliquer pourquoi et comment est né le projet Saint-Sein, et comment vit-il (une fois n’est pas coutume 😉

J’ai vécu les 2 cancers du sein de ma maman dans mon cœur, et son départ vers d’autres cieux il y a 1 an. Il y a 20 ans, l « industrie du ruban rose », n’était pas développée, voire inexistante. C’était effectivement un cancer « comme un autre », sauf qu’il touchait des femmes dans leur féminité. Je l’ai vue traverser cette épreuve en solitaire. Elle revenait de l’hôpital la mine déconfite. Le protocole était pour elle privé d’humanité et inadapté. A ce moment, me sentant impuissante du haut de mes 15 ans, je me suis dit qu’il existait certainement un moyen de rassembler toutes ces femmes. Quelques années pus tard, devant une récidive fatale, la rencontre avec Véronique Patte touchée elle aussi dans sa chair. C’est devenu clair : « Saint-Sein » était né.

Saint-Sein vit depuis 2 ans grâce à toutes les bonnes volontés et est entièrement auto-produit. Je crois en ce projet, et tout ce qui sort en temps et en investissement n’est pour le moment, pas « rentable ». Nous avons eu la chance de rencontrer un éditeur qui croyait en nous et qui nous a donné l’opportunité d’éditer un livre, qui donne à Saint-Sein une légitimité. Pour nous, c’est évidemment une occasion en Or, puisque grâce à cela et à ELLE Belgique, nous participons au Salon du Livre, alors que nous n’avions pas de moyens financiers. Une opportunité de donner une voix aux 25 femmes qui ont témoigné et de rendre notre action sérieuse et visible. A moins d’être un best-seller, un livre ne rend pas ses auteur(e)s « riches ».

Ce n’est pas grave, puisque notre projet, notre rêve, nous le réalisons au quotidien. Nous rencontrons des femmes exceptionnelles, qui nous expriment la manière dont le livre leur a été bénéfique. Un projet qui met + de Vie dans la leur. Nous avons organisé une journée d’information en octobre dernier, avec des conférences entièrement gratuites.

Saint-Sein a donc pour vocation d’informer, de rassembler et de mettre + de Joie dans la vie de toutes les femmes, qu’elles traversent l’expérience du cancer du sein, ou non. Il est donc clair que pour continuer notre action, nous avons besoin de moyens. Un projet comme celui-là demande une vraie disponibilité, c’est un boulot à temps plein si nous voulons lui donner une chance. Nous sollicitons donc des moyens auprès de ceux qui en ont, et c’est très souvent de « grosses machines ». Selon une charte « morale », nous sélectionnons bien entendu les partenaires. Nous avons des idées, ils ont de l’argent, pourquoi ne pas mettre les forces en commun?

En vidant la maison dernièrement, après le décès de ma maman, j’ai trouvé une photocopie en noir et blanc. Un flyer austère sorti d’une photocopieuse bon marché, qui expliquait aux femmes atteintes d’un cancer du sein comment se procurer un foulard, et leur expliquant qu' »elles restaient femmes, malgré tout ».

Si l’Industrie du Ruban Rose » est devenu « banquable », elle a aussi permis de faire évoluer la communication et de réunir une énorme communauté, au-delà de toutes les frontières. Cette nouvelle communauté est tellement remplie de Force et d’Humanité, et est à présent sortie de sa solitude.

Et puis le Rose n’est-il pas la couleur de la Joie?

Merci 😉

Lien vers le site internet : http://www.onf.ca/selection/industrie-du-ruban-rose/

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