30.000 retours en salle d’opération pour seins en silicone défectueux en France

La Direction générale de la santé confirme à «Libération» que les autorités vont demander aux porteuses de prothèses mammaires de la marque PIP de se les faire retirer, après des cancers suspects. 30 000 femmes sont concernées.

Avant la fin de la semaine, les autorités vont demander à toutes les femmes porteuses de prothèses mammaires de la marque PIP de se les faire retirer : des prothèses, conçues à partir d’un gel non conforme, qui peuvent se déchirer et provoquer, outre des inflammations, des cancers. La décision est prise. Aussi bien le directeur général de la santé que la présidente de l’Institut national du cancer (Inca), mais aussi le chirurgien vedette du groupe hospitalier Henri-Mondor, à Créteil, Laurent Lantieri, nous l’ont confirmé : Elles sont près de 30 000 femmes à en avoir reçu en France.

Cette décision «d’explantation» – unique dans l’histoire de la chirurgie réparatrice – aurait dû être annoncée aujourd’hui. Mais le groupe de travail de l’Institut national du cancer ne pouvant se réunir que le 23 décembre, il faudra attendre encore quelques jours.

«On fait ce qu’il faut, on surveille, et il y a ce comité de suivi, nous a confié le Dr Jean-Yves Grall, directeur général de la santé. Ce n’est pas facile, car il ne faut pas inquiéter et laisser penser aux femmes qu’il faut les enlever en urgence, dans les vingt-quatre heures. Il y a tout un accompagnement à mettre en place.»

Jeudi dernier, dans le bureau du directeur général de la santé, l’ambiance est presque sereine mais un brin fatiguée. La réunion du comité de suivi des femmes porteuses de prothèses PIP vient de s’achever. Un rendez-vous important, car pour la première fois se sont retrouvés des chirurgiens plasticiens, le président du conseil de l’ordre des médecins, la présidente de l’Inca, celui de l’Agence du médicament, mais aussi des représentantes de deux associations. Et enfin l’assurance maladie.

«Pas d’urgence». Jean-Yves Grall se montre rassuré : tout le monde est d’accord pour le retrait intégral des prothèses PIP, et non plus seulement, comme aujourd’hui, le retrait pour les femmes dont la radiographie de seins soulève des questions. «On est d’accord sur la nécessité de cette décision», nous a expliqué le professeur Laurent Lantieri, star des chirurgiens plasticiens et membre du comité de suivi. «Nous sommes face à une crise sanitaire, liée à une escroquerie. Toute la profession en est consciente. Il n’y a pas d’urgence, mais nous n’avons plus le choix. Il faut retirer toutes ces prothèses. A mes yeux, ce n’est pas l’application d’un principe de précaution, mais un principe de prévention.»«Si tel est bien le cas, nous sommes rassurées», nous a expliqué Alexandra Blachère, présidente de l’Association de défense des porteuses de prothèses de la marque PIP.

Quelque 30 000 prothèses à enlever pour cause d’incertitude sanitaire, cela ne s’est jamais fait. Et cela n’est pas sans poser des problèmes médicaux, chirurgicaux, administratifs, financiers et de communication. Comment tout cela peut-il se passer ? «C’est ce que va déterminer la réunion du 23 décembre, précise la présidente de l’Inca, Agnès Buzyn. Il faut les retirer, mais faut-il faire une biopsie automatique du sein ? Faut-il remettre une autre prothèse aussitôt ? Le groupe d’experts va analyser.»

Question la plus centrale et la plus complexe au cœur de ce scandale : comment retrouver et prévenir toutes les femmes qui ont reçu ce type de prothèses ? Les autorités ont, certes, demandé aux praticiens de les recontacter, mais le feront-ils ? Formellement, lors de leur intervention, les femmes ont dû recevoir une carte identifiant leur prothèse. Toutes ne l’ont pas eue. «Oui, c’est de la responsabilité du chirurgien de prévenir ses patientes»,insiste le directeur général de la santé.«Nous estimons qu’une femme sur trois est déjà repassée voir son chirurgien», poursuit un responsable de la Société française de chirurgie plastique.A l’Agence du médicament, on estime qu’il y en a eu beaucoup moins. A titre d’exemple, il y a eu à ce jour 523 explantations de ces prothèses, soit à peine 2% des femmes qui en ont reçu. «Nous avons nécessité de les retrouver, en respectant le principe de l’anonymat», martèle Jean-Yves Grall.

Et question connexe : qui va payer ? «Les règles sont aujourd’hui claires, répond le directeur général de la santé. Toutes les femmes porteuses d’implants PIP seront remboursées de leurs frais médicaux et chirurgicaux liés à l’explantation : échographies, analyses, retrait de l’implant, examens de contrôle postopératoire.» Et il poursuit : «Les femmes qui relèvent d’une reconstruction après chirurgie du cancer du sein seront également remboursées de la pose d’une nouvelle prothèse.» Mais pas les autres, pas celles qui ont fait de la chirurgie esthétique et non réparatrice. Or, elles constituent la très grande majorité. «Cela ne me choque pas, explique Laurent Lantieri. Ce n’est pas la collectivité, en ces temps de crise, qui doit prendre en charge le prix d’une nouvelle prothèse, posée pour des raisons esthétiques.» Coût d’un implant mammaire : entre 300 et 900 euros. «Attendez, c’est quand même de la responsabilité de l’Etat d’avoir laissé un produit pourri sur le marché. En quoi serait-on, nous, responsables ?» s’insurge Alexandra Blachère.

Carte sur table. De fait, en la matière, tout n’est pas si clair : dans les établissements privés, la chirurgie esthétique n’est pas prise en charge par l’assurance maladie, elle est du ressort de la patiente. D’où ces coûts entre 3 000 et 8 000 euros pour la pose de prothèses. Présent à la réunion du comité de suivi, le président du conseil de l’ordre des médecins a voulu se montrer conciliant. «Il faut sensibiliser les praticiens pour qu’il y ait adéquation entre les conditions de remboursement et leurs honoraires. Les dépassements doivent être faits avec tact et mesure.» Certes, mais le seront-ils ? «Des femmes ont été opérées par des praticiens non diplômés, remarque Laurent Lantieri. Il faut que le secteur public soit prêt à les recevoir. Et puis il y a tout un groupe de patientes qui sont dans la nature.» Pour Laurent Lantieri, au-delà de la problématique de santé publique, il y a un enjeu secondaire : souvent critiquée pour son goût immodéré de l’argent, la chirurgie esthétique, comme la chirurgie réparatrice, se voit obligée de jouer carte sur table. Face à une crise sanitaire inédite, va-t-elle choisir ses petits intérêts ou ceux de la santé publique ?

Source : http://www.liberation.fr/societe/01012378643-seins-en-silicone-defectueux-retours-en-salle-d-operation

1 Discussion on “30.000 retours en salle d’opération pour seins en silicone défectueux en France”
  • PROTHÈSES MAMMAIRES PIP : ATTENTION AUX AMALGAMES !!!

    Petite mise au point d’une extrême importance…

    Malgré les nombreux articles et commentaires concernant les prothèses mammaires de marque PIP relayés par un certain type de presse avide de sensation, ne participons pas à la psychose collective !

    Les prothèses PIP sont des prothèses françaises ayant été utilisées en France ET NON EN BELGIQUE : il n’y a jamais eu de distributeur officiel sur le territoire belge.

    Voici les conclusions principales que l’on peut tirer des communiqués émanant des organes officiels belge et français :

    – Le seul risque avéré lié à la présence de prothèses PIP est une rupture prématurée de l’enveloppe de silicone pour une partie d’entre elles.
    – Il n’y a, à ce jour, AUCUN argument mettant en relation la survenue de maladies des tissus conjonctifs, et à fortiori celle d’un quelconque cancer, avec la présence de prothèses mammaires, et ce quel que soit le type de prothèses utilisées.
    – Il n’y a, à ce jour AUCUN argument remettant en cause l’utilisation des prothèses mammaires à visée esthétique ou reconstructrice.

    Pour de plus amples informations :

    http://www.rbsps.org/news/news.php?cat=7&id=59&userChoice=chirurgien&langue=fr&cpt=2&full=1

    http://www.plasticiens.org/communique_20111128.php

    http://www.plasticiens.org/communique_20111219.php

Leave A Comment

Your email address will not be published.


+ 1 = 4